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INTERVIEW REALISEE PAR CONGOINDEPENDANT.COM
Article publié le 20 janvier 2008
Questions directes à Frédéric Boyenga
Docteur en
droit international public, résidant en France, Frédéric
Boyenga Bofala, 48 ans, est un homme qu’on ne présente
plus dans les colonnes du journal en ligne
Congoindependant.com. Président du parti UNIR MN (Union
pour la République – Mouvement national), Boyenga veut
réconcilier les Zaïro-Congolais avec leur histoire «sans
esprit de revanche». Cette réconciliation passe, selon
lui, par la réhabilitation de la mémoire de Patrice
Lumumba, Joseph Kasa Vubu, Moïse Tshombe, Mobutu Sese
Seko et Laurent-Désiré Kabila. Joignant la parole aux
actes, UNIR-MN a adopté en guise de logo les trois
emblèmes nationaux que le pays a eu depuis son accession
à l’indépendance. «Frédéric», parle de la sortie
officielle de son parti à Kinshasa et commente les
derniers développements de l’actualité congolaise.
Votre
parti politique a organisé le 4 janvier sa sortie
officielle à Kinshasa et à Matadi. Désormais donc, votre
organisation va mener ses activités le plus
officiellement à travers le pays
Avant toute chose, je tiens à dire que l’UNIR est une
association politique reconnue par arrêté ministériel
depuis l’année 2005. Elle a donc une existence légale.
Sauf que nous nous sommes tenus à l’écart du petit jeu
politicien observable au sein du microcosme kinois. Nous
nous sommes déployés dans la capitale pour la simple
raison que nous estimons que «l’heure de l’action a
sonné». En parcourant le message que j’ai fait lire à
l’intention de nos membres, vous noterez que je dis
qu’il est temps d’arrêter de discourir. La parole ne
suffit pas. Il y a aussi des actions concrètes qu’il
faut mener. Le constat est là : notre pays est occupé.
Il fait face à des difficultés majeures. Fort
heureusement, il n’y a pas de fatalité. Il existe bien
des moyens pour changer cette situation.
Quels types d’«actions concrètes» comptez-vous mener
?
Lors d’un précédent entretien avec votre journal, je
vous avais dit : «Je ne fais pas partie de l’opposition.
J’appartiens à la résistance». Ce n’est nullement un
slogan. Je me considère comme un résistant aux projets
malveillants de ceux qui ont engagé le pari de détruire
le Congo. Par action, il faut entendre «tous les moyens»
pour rétablir le Congo-Kinshasa dans son honneur et sa
fierté. Ce qui m’intéresse c’est l’unité du Congo et
l’intégrité de son territoire national. Je n’exclus
aucun moyen pour atteindre ces objectifs…
Pourtant, le message que vous avez adressé aux
membres de l’UNIR laisse poindre une certaine modération
du ton…
De quelle modération de ton parlez-vous ? Dans mon
message, je fais appel à la conscience des Congolais.
Depuis septembre 1996, date du déclenchement de la
guerre dite de «libération», le pays se trouve embourbé
dans un «poto poto» indescriptible. Même la communauté
internationale paraît impuissante face à cette
situation. Si par modération, vous sous-entendez que je
cherche à rassembler les citoyens de mon pays, ma
réponse est : oui. Mon parti a l’ambition de rassembler
les Congolais autour d’un projet politique crédible.
Quant aux moyens à utiliser pour sortir le
Congo-Kinshasa de l’abîme, il me semble que la
modération n’a plus sa place. Il n’y a que la victoire
qui importe. La victoire du Congo. La victoire des
Congolais. Peu importe les moyens…
Joseph Kabila a «fêté» le 6 décembre dernier le
premier anniversaire de son «élection» en tant que
président de la République. Quelle analyse faites-vous
de ces douze premiers mois du quinquennat ?
L’«hôte du palais de la Nation» {Ndlr : entendez, Joseph
Kabila} ne me surprend plus. Lorsqu’il fête cet
anniversaire, il est en réalité entrain de célébrer la
victoire de la «mission» qui lui a été confiée.
Par qui ?
Par ses «géniteurs».
Qui sont-ils ?
Je peux les citer. J’entends souvent certains
compatriotes faire des réflexions du type : «L’hôte du
palais de la Nation est un parfait incompétent. Il ne
comprend rien à rien». C’est tout simplement affligeant.
Ceux qui formulent ce genre de considérations ignorent
que l’homme qu’ils vilipendent, lui, poursuit son petit
bonhomme de chemin dans l’accomplissement de sa «mission
spéciale». Qu’on ne se leurre pas : la stabilité du
Congo ne fait guère partie des objectifs de cette
mission. Aujourd’hui, il est patent que les Congolais
sont déçus. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils
escomptaient l’avènement d’un chef d’Etat capable de les
rassembler et surtout de mobiliser les énergies
créatrices pour sortir le pays de l’ornière. Depuis que
cet homme est à la tête du pays, l’armée nationale n’a
jamais gagné une seule bataille. La preuve a été faite,
une fois de plus, mi-décembre dernier, lors des
affrontements de Mushaki, au Nord Kivu.
Dans son allocution prononcée ce 6 décembre, Kabila a
déclaré que la situation était «calme» dans les 145
territoires du pays à l’exception de Masisi et de
Rutshuru. Et pourtant, des individus armés, présentés
comme étant des «éleveurs Mbororo» ont envahi, au propre
comme au figuré, les districts du Bas et Haut-Uélé dans
la Province Orientale. Qu’en pensez-vous ?
Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il s’agit d’un
peuple nomade. Il y a un réel problème lorsque des
hommes armés commencent à insécuriser les autochtones.
D’où viennent les armes dont ils sont porteurs ? Je ne
cesserai de dire que l’objectif du pouvoir actuel n’est
nullement de restaurer la stabilité au Congo. Bien au
contraire. L’objectif poursuivi se limite à créer, un
peu partout, des foyers de tension afin d’assurer la
pérennité du système en place. Vous parlez de la
situation dans la Province Orientale. Mais le 5 janvier
dernier, il y a encore eu des morts dans la province du
Bas-Congo. Les gouvernants restent muets à ce sujet. Une
dizaine de manifestants a été abattue par les forces
dites de sécurité. Il leur est reproché d’avoir exprimé
pacifiquement leurs opinions. Et dire que la démocratie
renvoie à l’idée même de manifestation d’opinions.
L’idée de débat permanent. On cherche en vain une seule
région où règne la paix et surtout une ambiance libérale
au Congo . Aujourd’hui, il suffit d’observer dans la
capitale pour réaliser que la population vit dans la
peur. Sans doute que le «calme» évoqué à travers les 145
territoires est dû au fait qu’on trouve à chaque coin de
rue des individus à la mine patibulaire chargés de
terroriser la population. Peut-on franchement parler de
tranquillité dans un pays où les habitants sont
incapables de satisfaire un minimum de besoins
essentiels ?
Dans votre message aux membres de l’UNIR, vous dites
: « Il suffit d’un rien pour que tout reparte ». Que
voulez-vous dire ?
Ce «rien» sous-entend toute une démarche. Il y a d’abord
l’urgence de nous rassembler. Depuis une décennie le
Congo est redevenu ce «grand malade» d’Afrique à cause
des guerres. La cohésion nationale est fragilisée. Si
nous prenons la résolution de nous rassembler, ce serait
déjà un grand pas pour sauver le Congo. Après ce
rassemblement, on doit prendre conscience du fait que le
pays fait face à une situation de belligérance. Pour
mettre fin à celle-ci, on peut recourir au dialogue.
Force est cependant de constater que le règlement des
différends politiques par la négociation n’a pas répondu
aux aspirations de la population à la paix et la
sécurité. Les exemples sont là : l’Accord de
cessez-le-feu de Lusaka conclu en juillet 1999 en Zambie
; l’Accord de paix de Sun City signé en décembre 2002 en
Afrique du Sud etc. Le dialogue étant inopérant, il faut
changer de stratégie et des tactiques. Il faudrait
utiliser d’autres moyens. Je n’ai pas froid aux yeux de
déclarer, ici et maintenant, que le recours à la
«violence légitime» - un droit dont dispose chaque Etat
- me semble être l’ultime moyen pour mettre fin au chaos
ambiant au Congo. A l’instar d’autres Etats souverains,
le Congo dispose de ce que les juristes appellent la
«compétence de sa compétence».
D’aucuns pourraient objecter que c’est de la théorie
ou encore du bla-bla juridique…
Ce n’est nullement de la théorie. C’est la réalité. Le
problème c’est que les gouvernants congolais ne font
guère usage de cette prérogative. Je vous donne un
exemple : la mutinerie de Bukavu menée par MM.
Nkundabatware et Mutebusi en juin 2004. Il a suffi qu’un
général, doté d’un cursus militaire, dirige les
opérations pour mettre les deux mutins en déroute. Je
parle bien entendu du général Félix Budja Mabe. Quelques
mois après, cet officier supérieur a été muté à Kamina.
Savez-vous pourquoi ? Simplement parce que la
restauration de la stabilité du Congo ne figure pas dans
les priorités de la personne qui se trouve au sommet de
l’Etat. Vous vous souviendrez que le responsable de la
Défense et la sécurité d’alors n’était autre que M.
Azarias Ruberwa, président du RCD (Rassemblement
congolais pour la démocratie). Pouvait-il prendre une si
grave décision sans concertation préalable avec le
«commandant suprême» des armées, autrement dit le chef
de l’Etat ? Vous savez autant que moi que l’actuel «hôte
du palais de la Nation» est issu de l’Armée patriotique
rwandaise (APR). De même, le RCD est une organisation
d’obédience rwandaise. Peut-on, dès lors, s’étonner que
le groupe armé dirigé par Nkundabatware connaisse un
essor ?
Quand on vous entend parler, on est tenté de dire que
le mal dont souffre le Congo trouve sa cause profonde
dans le comportement de l’homme politique congolais
La manifestation organisée par notre parti à Kinshasa a
été l’occasion de constater que l’argent est devenu une
«valeur suprême» dans notre pays. Le patriotisme
n’existe plus. Des gens exigent des rétributions pour
prendre part à une manifestation où il est évoqué
l’avenir de la Nation. L’amour du Congo est devenu
évanescent. J’ai suivi avec intérêt les pertinentes
interventions faites à la conférence de Goma
respectivement par le président de l’Assemblée
nationale, le gouverneur de la Province Orientale et
celui du Maniema. Nous devons néanmoins maintenir la
garde haute. En effet, l’ennemi est sournois comme un
virus. Quand il sent que les Congolais résistent, il
utilise d’autres moyens. Ne dit-on pas que les Congolais
ne résistent pas devant les espèces sonnantes et
trébuchantes ?
Quelle est, selon vous, la cause profonde de
l’instabilité qui prévaut dans les provinces du Kivu ?
Je l’ai dit et je dois le redire. Nous devons amener nos
compatriotes appartenant à la communauté tutsie à faire
un choix clair : on est Congolais ou ne l’est pas ! Si
on est Congolais, on a le devoir de respecter l’ordre
social et les lois de la République. Ainsi, la vie
collective pourrait se dérouler dans l’harmonie comme
dans tous les Etats. Je regrette de constater que les
leaders de cette communauté - qu’on appelait à l’époque
les «Banyamulenge» avant de tomber le masque pour
revenir à la dénomination Tutsi - sont loin de jouer le
jeu de la légalité. Le jeu de la loyauté.Toute la cause
du problème se trouve là ! Et pourtant, le RCD a
participé à toutes les négociations ayant précédé
l’organisation des élections en 2006. Par ailleurs,
chacun de nous a pu prendre connaissance des documents
qui datent de 1959 ...C’est en connaissance de cause que
j’attire l’attention de mes compatriotes sur le risque
de voir le Kivu connaître le même sort que le Kosovo. Au
lieu de prôner l’unité nationale, M. Ruberwa se présente
en chef d’une communauté tribale en prétextant que ce
groupe social est victime d’un traitement
discriminatoire. Comment a-t-il pu accéder aux fonctions
de vice-président de la République ? Je défis quiconque
de démontrer que les Tutsi sont opprimés au Congo. Une
petite observation permet de constater le contraire. Les
Tutsi exercent le pouvoir dans les deux provinces du
Kivu. Il n’y a pas que le pouvoir politique. Il y a
aussi le pouvoir économique. L’influence.
Certains acteurs politiques soutiennent qu’il
n’existe pas de conflits inter communautaires au Kivu.
C’est le cas notamment de Laurent Nkunda
Peut-il expliquer les raisons qui l’ont poussé à prendre
les armes ?
Selon lui, ce sont les pouvoirs publics qui
insécurisent les membres de la communauté tutsie. Il en
est de même des rebelles hutus des Forces démocratiques
pour la libération du Rwanda (FDLR). Qu’en dites-vous ?
Ceux qui parlent des FDLR ne visent qu’un seul but :
endormir les Congolais. Le sigle «FDLR» est devenu une
coquille vide. En vérité, les FDLR n’existent plus.
Vous le pensez sérieusement ?
Depuis l’attaque des camps de réfugiés hutus par l’APR
en septembre 1996, ceux qu’on appelle les «génocidaires»
ont quitté la région des Grands Lacs. Aujourd’hui
d’importantes communautés hutus sont établies dans
d’autres pays d’Afrique centrale. Sur le terrain, ce
qu’on nomme «FDLR» constitue en réalité un épouvantail
entretenu par Kigali. Ceux qui allèguent que les FDLR
regroupent des rebelles hutus et des Interahamwe
racontent des bêtises.
Et pourtant, les FDLR ont un président. Il s’agit du
Hutu rwandais Ignace Murwanashyaka
Croyez-vous à la sincérité de ce Monsieur ?
C’est un fait connu de l’opinion internationale
Où vit ce Monsieur ? Il vit en Europe. J’aurai voulu
qu’on interroge les Hutu ayant trouvé l’asile dans
certains pays d’Afrique centrale. Il faut poser la
question aux membres des ex-Forces armées rwandaises
ainsi qu’aux Interahamwe sur l’existence des FDLR. Le
sigle FDLR est devenu une «couverture» pour camoufler
des sales besognes.
Qui
utilise cette couverture ?
Le régime de Kigali, naturellement. Le gouvernement de
Kinshasa l’a fait aussi un certain temps. Derrière
l’étiquette «FDLR», on peut aussi bien trouver des
délinquants tutsis encadrés par des militaires tutsis
rwandais que quelques voyous congolais. Comment peut-on
expliquer que l’armée rwandaise - la puissante armée
rwandaise - laquelle pénètre sur le territoire congolais
quand bon lui semble puisse se révéler comme par
enchantement incapable d’extirper des forêts du Kivu
quelques milliers d’individus armés menaçant la sécurité
du Rwanda ? Et ce depuis bientôt onze ans. Qui fournit
les armes à ces combattants quand on sait que les
provinces du Kivu sont frontalières avec le Burundi, le
Rwanda et l’Ouganda, trois pays qui sont en belligérance
avec le Congo ? Les armes ne pourraient provenir que de
ces trois Etats. A moins que ce soit le gouvernement de
Kinshasa qui en est le fournisseur. Voilà pourquoi je
persiste et signe : les FDLR n’existent pas.
Selon vous, dans quel but les autorités de Kinshasa
useraient du label "FDLR"
La réponse est simple : la persistance d’un climat de
tension permet à certains pouvoirs de perdurer. Comment
pouvez-vous m’expliquer que 20 000 soldats
gouvernementaux, équipés d’un armement lourd, soient mis
en débandade par
4 000 combattants de la milice de Nkunda? Aujourd’hui,
cet armement lourd a été récupéré par les insurgés.
C’est un «cadeau de Noël» qu’on a livré aux forces
rebelles. Ce qui me choque le plus c’est de voir tous
ces «Basendji» qui dirigent le Congo s’affubler du grade
de général à deux étoîles. Dans quelles académies
militaires ont-ils été formés ? Quel est le cursus
militaire de Nkundabatware ?
Qui sont, à votre avis, les parties en conflit au
Kivu ?
C’est simple : le gouvernement de Kinshasa et le régime
de Kigali.
Si je vous comprends bien la contestation oppose
Joseph Kabila à Paul Kagame ?
Kagame et Kabila sont nullement en conflit. En réalité,
ces «gens» créent des différends artificiels pour
distraire les Congolais. Cette situation est la
résultante de l’aveuglement de nos concitoyens. Osons
accorder la confiance aux personnalités réunies à Goma.
Je me pose une question : quel est le groupe armé
respectif des communautés Nande et Bashi ? Comment
peut-on expliquer que les Tutsi soient l’unique groupe
social à disposer d’une milice armée ? On ne peut pas
nier l’existence des conflits fonciers entre les membres
des communautés ethniques du Kivu. Cependant, la crise
qui est au centre de la conférence de paix à Goma est un
problème éminemment politique. Monsieur Nkundabatware
passe pour le défenseur des Tutsi. Il en est de même de
M. Ruberwa du RCD. J’aurais aimé entendre ces deux
hommes condamner le massacre des adeptes du mouvement
politico-religieux Bundu dia Kongo, début janvier 2007
dans la province du Bas-Congo. Bilan établi par la
Mission de l’ONU au Congo : 134 morts. Je n’ai rien
entendu. Je ne peux en aucun cas accepter le diktat
qu’une communauté ethnique tente d’imposer aux autres.
Je peux vous garantir que si les positions défendues par
des leaders politiques congolais triomphaient à Goma,
nous allons assister à une nouvelle guerre. Il n’est pas
exclu que des hommes de Nkunda perpètrent des massacres
des «Banyamulenge» pour justifier le bien-fondé de leur
quête d’autonomie territoriale au Nord-Kivu.
Comment interprétez-vous le refus de Kabila d’inviter
le général dissident Nkunda à la conférence de Goma ?
Il s’agit d’une simple déclaration publique pour faire
bonne figure devant les Congolais ! Mais qui ne vous dit
pas que ces messieurs se sont vus en privé ? En réalité,
ce refus n’est qu’un subterfuge dont l’objectif est de
détourner l’attention des Congolais. Un subterfuge qui
témoigne du double jeu entretenu par l’hôte du palais de
la Nation. Je m’explique. Si l’objectif de la conférence
de Goma qu’il a lui-même initiée était vraiment de
pacifier le Kivu et de réconcilier les protagonistes au
conflit, pourquoi alors refuser de rencontrer Nkunda qui
en est l’un des principaux acteurs ? Comparaison n’est
pas raison. Peut-on imaginer un instant que le Premier
ministre israélien Ehud Olmert convoque une conférence
de paix au Proche Orient tout en renaclant de rencontrer
le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas ? Vu la nature
de son mandat, l’hôte du palais de la nation a le devoir
de réconcilier les congolais et de restaurer la
stabilité politique et la sécurité du pays. Mais il ne
le fait pas.
Selon vous donc, Kabila devait convier Nkunda à Goma?
Bien entendu. En refusant de rencontrer M. Nkunda,
l’actuel hôte du palais de la Nation garde les données
du conflit intactes car il laisse à ce dernier un
excellent alibi pour poursuivre son entreprise de
déstabilisation et de destruction. Remémorons-nous un
peu d’histoire. Lorsque l’AFDL arrive au pouvoir le 17
mai 1997, il n’était que la conséquence de l’instabilité
générée par 32 années de mauvaise gestion de la Deuxième
République. L’actuel hôte du palais de la Nation, qui
est issu de l’AFDL, était donc aussi une conséquence de
l’instabilité. C’est pourquoi, il avait donc bénéficié
du soutien inconditionnel de la communauté
internationale qui avait soutenu que les élections
seraient la solution pour mettre fin au désordre.
Aujourd’hui l’actuel hôte du palais de la nation est la
cause principale de l’instabilité et du désordre. A
preuve, depuis son accession à la tête de l’Etat, il y a
sept ans, il n’a réussi ni à pacifier le pays encore
moins à jeter les bases de la reconstruction. Et
pourtant, les moyens n’ont pas fait défaut. Voilà
pourquoi je persiste à croire que la pacification et la
reconstruction du Congo sont aux antipodes des priorités
de l’homme qui occupe le sommet de l’Etat. Comme je l’ai
dit, sa mission est en réalité de perpétuer la terreur
et l’instabilité. C’est à la lumière de cette réalité
qu’il faut comprendre son refus de rencontrer Nkunda.
Selon des rapports établis notamment par des experts
onusiens, le «business» se poursuit dans les deux Kivu
comme si de rien n’était. Des aéronefs privés continus à
relier des localités minières du Congo avec les
aéroports de Bujumbura, d’Entebbe et de Kigali …
Voilà pourquoi, en dépit de mes 48 années d’âge, j’ai
toujours éprouvé du respect à l’égard du président
Mobutu. Peu importe ce que les uns et les autres peuvent
dire à son sujet. Certains le vilipendent aujourd’hui en
clamant que «son bilan est négatif». Ce que notre pays
vit aujourd’hui n’est pas nouveau. Pendant les troubles
des années 60, certains milieux continuaient à faire des
affaires dans les régions troublées. La seule différence
c’est que à cette époque les milieux affairistes et
maffieux ne bénéficiaient pas de la complicité des
hommes politiques congolais. Aujourd’hui, le pillage des
ressources naturelles du Congo se fait avec la
connivence des filles et fils du pays. Aujourd’hui,
l’exercice du pouvoir d’Etat a cessé d’être un service
pour devenir le chemin le plus court pour se frayer une
place à la «mangeoire nationale». Les salaires
n’apportant pas le minimum vital, tout le monde
s’improvise trafiquant de minerais bruts. Par notre
incivisme, le Congo est devenu une «terra nullius». Une
terre sans maître. Je lance un défi à l’hôte du palais
de la Nation de me prouver qu’il est maître de la
situation.
Certains observateurs s’étonnent de voir qu’après
avoir utilisé le «bâton» face à Jean-Pierre Bemba,
Joseph recourt à la «carotte» en ce qui concerne Nkunda
Dans un précédent entretien, je vous ai dit que M. Bemba
rentrera au Congo. Le Mouvement de libération du Congo
n’est pas ma tasse de thé. C’est un parti politique
reconnu dans notre pays. M. Bemba a évolué dans la
rébellion comme certains autres acteurs politiques. Mais
dès que le gouvernement de transition a été formé, il
n’a plus utilisé les armes contre les institutions
établies. Le rapport de l’ONU établi à l’issu de
l’enquête réalisée après les affrontements des 22 et 23
mars 2007 met en exergue la responsabilité de l’hôte du
palais de la Nation dans le déclenchement de ces
affrontements. Bemba a été attaqué. Que devait-il faire
sinon se défendre ? Je suis étonné du silence du Sénat
sur ce dossier. Il est temps qu’on dise à l’opinion les
faits reprochés au leader du MLC. Y a-t-il commune
mesure entre les griefs retenus à l’encontre de Bemba et
les atrocités imputables à Nkundabatware ? Qu’est devenu
le mandat d’arrêt émis à charge de celui-ci ? Pourquoi
deux poids, deux mesures ? Devrait-on comprendre qu’il
faut prendre les armes pour être respecté au Congo ?
Quel est l’état de vos relations avec l’opposition
congolaise en général et avec Jean-Pierre Bemba en
particulier ?
Je n’ai pas de rapports personnels avec Jean-Pierre
Bemba.
Des contacts téléphoniques ?
Non ! Par contre, j’ai essayé d’aider les hommes qui
faisaient partie de sa force militaire.
En faisant quoi précisément ?
Il n’entre nullement dans mes intentions de créer un
conflit. Je peux vous dire qu’après les affrontements de
Kinshasa, les hommes de Bemba se sont retrouvés dans une
précarité innommable. Nombreux sont allés solliciter
refuge dans un pays limitrophe. Certains d’entre eux
n’ont pas survécu. Le drame humain était tel que les
familles et amis manquaient des ressources financières
pour organiser des obsèques dignes de ce nom. Par
patriotisme, j’ai dû intervenir non seulement pour les
frais funéraires mais aussi pour procurer des logements
décents à certains. Je détiens des preuves.
Voulez-vous insinuer que «Jean-Pierre» à abandonner
ses hommes à leur triste sort ?
Je n’insinue rien. Je ne cherche aucune querelle.
Lorsqu’on écoute ces combattants, c’est en tous cas
l’impression qu’ils donnent dans leurs propos. Pour eux,
le MLC les a laissé tomber.
Que comptez-vous faire avec les anciens combattants
de Bemba ?
Je voudrais d’abord leur redonner confiance et un
minimum de dignité humaine. Tout n’est pas perdu. Le
seul message que j’adresse à toute la nation congolaise
est que la réconciliation que je prône vise à concilier
les contraires. Cette réconciliation ne se limite pas au
rassemblement. Il y a aussi une part de compassion en
direction de ceux qui souffrent. L’entraide et la
solidarité en font partie. Il faudra in fine aider ces
filles et fils du pays à se réinsérer dans le marché du
travail. Pour ce faire, il faudra commencer par rétablir
un minimum d’ordre. Un minimum d’Etat. Il faut refonder
la République pour que les Congolais arrêtent de courber
l’échine.
Qui est derrière Frédéric Boyenga ?
Il n’y a aucun groupe d’intérêt derrière moi. En
revanche, il y a des milieux qui apprécient la constance
de nos convictions ainsi que notre probité. Chaque chose
en son temps. J’ai le sentiment que nous nous approchons
du temps…
Propos recueillis par B. Amba Wetshi
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