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« Dans la situation actuelle, tous les moyens pour
rétablir le Congo dans son honneur et dans son droit
sont légitimes. »
Questions directes à Frédéric Boyenga Bofala -
Interview réalisée à Bruxelles le 20 avril 2007 par B. Amba Wetshi et publiée dans le Congo Indépendant (www.congoindependant.com)
Frédéric Boyenga Bofala Président de l'UNIR MN
Président du parti UNIR MN (Union pour la
République Mouvement National) dont le siège se trouve à
Amiens, en France, ancien attaché d'enseignement à
l'Université de Lille 2, Frédéric Boyenga Bofala, 47
ans, est docteur en droit public. Auteur de deux
opuscules politiques (Congo-Zaïre - Refaire la
République : Mission sacrée d'une génération ;
Congo-Zaïre : Notre cause), Boyenga analyse la situation
politique et diplomatique en RD Congo et jette un regard
vers l'avenir.
Cela
fait plusieurs mois qu'on ne vous a plus entendu parler. Que ce qui
vous pousse aujourd'hui à rompre le silence ?
C'est la situation catastrophique du pays après ce que j'appelle «
l'illusion démocratique » qui été « vendue » aux Congolais par le
monde extérieur. Si je me suis tu durant cette période, c'est tout
simplement pour donner une chance à ma patrie, le Congo. Je n'ai pas
voulu interférer au risque de porter atteinte à certains petits
points qui pouvaient représenter pour nous une lueur d'espoir. Dans
une interview que j'ai accordée, il y a un an, j'avais indiqué les
raisons ayant poussé le parti UNIR MN à ne pas participer aux
élections générales.
N'était-ce pas une erreur d'appréciation ?
Nullement. A preuve, les faits me donnent raison. En février de
l'année dernière, j'avais soulevé plusieurs questions sur la réalité
de ce que la communauté internationale a appelé le «processus
électoral » au Congo et qui n'était en réalité qu'une « tyrannogonie
». C'est-à-dire le processus d'éclosion d'un tyran ou d'une
tyrannie.
Il n'empêche que Joseph Kabila a été élu pour un mandat
de cinq ans
Je tiens d'emblée à adresser à l'hôte du Palais de la Nation (Siège
de la présidence de la RD Congo, Ndlr) un message pour l'exhorter à
ne pas avoir la grosse tête. Je suis surpris de vous entendre dire
qu'il a été « élu ». En réalité, il y a eu un consensus pour le
désigner à la tête de notre pays.
Qui a été, selon vous, le véritable vainqueur de
l'élection présidentielle ?
Tout ce que je peux vous dire c'est qu'il (Kabila, Ndlr) n'a pas
gagné. Et il le sait. C'est à tort que les Congolais vitupèrent
l'Union européenne. Les membres de l'Union ne sont pas tous
d'accords sur la manière dont le processus électoral a été enclenché
au Congo-Kinshasa.
Ne pensez-vous pas que l'heure n'est plus à refaire
l'histoire des élections en RD Congo et qu'il faut qu'on avance ?
Comment pourrait-on avancer alors que le processus électoral a
échoué ? Le processus est « mort » !
Le processus est mort ?
La RD Congo passe de l'illusion démocratique à la « voyoucratie ».
Les événements des 20 et 22 août 2006 et ceux des 22 et 23 mars
derniers en témoignent. Ces événements démontrent que le Congo n'est
pas un Etat démocratique. C'est une voyoucratie.
Les quatorze
ambassadeurs des Etats membres de l'Union ont publié un communiqué
condamnant les affrontements du mois de mars entre les éléments de
la garde de Jean-Pierre Bemba et ceux de la garde présidentielle de
Kabila. Après, c'est le silence plat. Qu'en dites-vous ?
Il ne faut pas non plus demander à la communauté internationale de
faire le travail en lieu et place des Congolais. Je vais vous donner
quelques exemples. Vous avez sans doute suivi la liesse populaire
née à Kinshasa suite à une rumeur annonçant la victoire du candidat
qui était officiellement « battu ». Cette réaction populaire a fait
frémir la communauté internationale laquelle n'entend en aucun aller
à l'encontre de la volonté du souverain primaire congolais lorsque
celle-ci est exprimée de manière univoque. Ce qui s'est passé en
Ukraine ( la révolution orange, ndlr) n'est pas différent de la
situation au Congo. Seulement voilà, en Ukraine, le peuple s'est
levé pour faire obstacle à la tricherie électorale.
Il semble que les Ukrainiens ont bénéficié de l'appui
logistique et médiatique du monde occidental en général et de la CIA
en particulier
Je peux vous dire qu'en Ukraine, la CIA n'a fait que profiter d'une
situation existante pour encadrer un mouvement. Je pourrais dire
autant de la situation au Congo. Si la liesse populaire kinoise
s'était exprimée de manière durable, je suis convaincu que certains
acteurs de la communauté internationale seraient venus aider les
Congolais à reprendre leur souveraineté. C'est malheureux à dire
mais les manifestations ont été timides. Aussi, la communauté
internationale a-t-elle jugé que ce n'était qu'un « saut d'humeur ».
Joseph Kabila est investi pour un mandat de cinq ans…
C'est vous qui le dites. Un chef d'Etat ne peut être un semeur du
désordre dans son pays. Dans le cas du Congo, le chef de l'Etat doit
avoir notamment pour souci d'harmoniser les inévitables
contradictions que commandent l'évolution d'un « peuple pluriel »
qu'est le peuple congolais. Depuis l'organisation des élections
jusqu'à ce jour, « l'hôte du Palais de la nation » montre à
suffisance qu'il ne rassure ni sa propre population ni l'extérieur.
Il ne rassure personne. Je tiens à vous dire que l'élection n'est
qu'un mode de désignation des dirigeants d'un pays. L'élection peut
ne pas correspondre aux aspirations profondes des citoyens. Dans le
cas du Congo, je crois que nous allons revenir à la case départ.
Quelle votre appréciation sur le gouvernement ? On
entend pas du tout le Premier ministre s'exprimer sur les grands
dossiers d'actualité.
C'est un gouvernement qui ne jouit d'aucun pouvoir. Ce gouvernement
reflète ce que j'appelle la « petite politique » faite de
saupoudrage pour essayer de rétribuer des acteurs politiques. Durant
la transition, nous avons eu à dénoncer la mise en place des
structures pléthoriques. Le Congo se trouve aujourd'hui dans la
situation d'un Etat « en défaut de ressources ». Je ne peux
comprendre - devant cette situation de crise où la sagesse doit
inciter à la réduction des dépenses publiques, qu'on mette sur pied
un gouvernement composé de soixante membres. On a vu le cas du «
ministre-fantôme ». Il a fallu pas moins de deux mois de tractations
pour composer cette équipe gouvernementale.
Qu'en est-il de l'efficacité de ce gouvernement ?
Comment voulez-vous que cette équipe réponde aux attentes de la
population au moment où l'Etat n'a pas de budget et que les
compétences ne sont nullement respectées. Avant l'organisation des
élections, il nous arrivait de critiquer la Constitution
théoriquement. Désormais, il faut le faire par des cas concrets. Je
vais citer quelques exemples précis pour vous démontrer
l'inefficacité de ce gouvernement. D'abord, le massacre de nos
compatriotes du Bas-Congo. Personne n'a entendu une seule parole
émanant du Premier ministre. Alors qu'il s'agit d'une affaire
susceptible de plonger le pays dans un chaos indescriptible. C'est
le ministre de l'Intérieur qui a joué les premiers rôles. D'après la
Constitution, c'est le Premier ministre qui détermine et conduit la
politique de la nation en concertation avec le président de la
République. Ce silence démontre que le Premier ministre n'a pas de
pouvoirs. Il n'a pas les mains libres. Il y a ensuite, le cas de
l'occupation de nos terres dans le Territoire de Kahemba. Ici aussi,
on attend en vain que le Premier ministre s'exprime. Ces deux faits
montrent clairement que, contrairement à la lettre de la
Constitution, le gouvernement ne gouverne pas.
Lors de son point de presse, tenu fin mars, Joseph
Kabila a dit que les événements du Bas-Congo devraient amener le
mouvement Bundu Dia Kongo à choisir entre faire de la politique et
prêcher l'évangile. Quel est votre commentaire ?
Celui qui a tenu ces propos ignore l'Histoire du monde. N'eut été le
regretté Pape Jean-Paul II, la Pologne serait restée dans une sorte
d'obscurantisme politique. La mission de l'Eglise ne se limite pas à
prêcher la parole divine. L'Eglise peut aussi se pencher sur les
conditions de vie des membres de la société. La Constitution
congolaise a prévu la liberté d'expression et la liberté de
manifester. Sans oublier la liberté politique. Les membres de Bundu
Dia Kongo manifestaient pour exprimer leurs mécontentements suite
aux résultats des élections des gouverneurs et vices-gouverneurs
dans la province du Bas-Congo. En démocratie, celui qui n'est pas
content a le droit de le faire savoir. On le voit, être chef d'Etat
ne s'improvise pas. Pour être le chef d'un Etat qui a une Histoire
aussi douloureuse que le Congo, il faut bien connaître cette
Histoire. Il y a une carence indéniable sur ce plan. Ce « Monsieur »
veut simplement dire que l'ordre de réprimer la manifestation
politique des membres du Bundu Dia Kongo venait d'en haut. Nos
compatriotes du Bas-Congo ont eu l'impression d'avoir été abandonnés
à leur triste sort. Je n'ai pas entendu ceux qui prétendent être des
« grands opposants » élever la voix pour dénoncer ces atrocités.
Quelle est, selon vous, la cause du mutisme affiché à ce
sujet par les « grands opposants » ?
C'est dû à la compromission. Tôt ou tard, la vérité finira par
triompher au Congo.
Qu'entendez-vous par compromission ?
Conversant dernièrement avec un diplomate européen, celui m'a dit :
« Jeune homme, votre combat est noble. Mais, la difficulté pour vous
réside au fait que deux hommes politiques congolais sur trois sont
des traîtres à la cause de leur pays. »
Comment définissez-vous l'épithète « traître » dans la
situation présente ?
Est traître, tout celui qui prend fait et cause dans une action qui
profite à ses intérêts personnels et non au salut du Congo. Les
traîtres à la cause nationale sont nombreux. Je parle ici des
élites. Au Congo, nous avons eu de « grands opposants » qui en
réalité ne sont que des marchands d'illusion. Ce sont justement ces
compromissions qui donnent aux Congolais l'impression erronée que
l'ennemi est plus fort. La réalité est toute autre : l'ennemi
profite de nos faiblesses. Cet ennemi se trouve parmi nous.
Qui est cet ennemi ?
Cet ennemi, c'est nous-mêmes. Au Congo, nous avons perdu tous les
repères identitaires. L'argent est devenu l'unique valeur de notre
société. A cause de l'argent, nous avons vendu notre pays. Nous
avons vendu nos âmes. L'ennemi a compris cette faiblesse à tel point
qu'il ne soucie plus d'autres choses que d'acheter des consciences.
Que pensez-vous de la relance au forceps, sous l'égide
de l'UE, de la Communauté économique des pays des Grands Lacs ?
Est-ce opportun au regard du contentieux qui oppose la RD Congo au
Burundi et au Rwanda ?
Le Congo doit d'abord retrouver toute sa stabilité avant de
participer à la relance de la CEPGL. Il y a beaucoup de contentieux
internes. Le Congo n'est pas encore en état de signer de véritables
accords internationaux. Au moment où l'on relance la CEPGL, le
problème de Kahemba n'a pas encore été résolu. Je constate que
l'Union Européenne se repose beaucoup sur l'expertise belge en
matière congolaise. Je ne peux m'empêcher de relever que l'action de
certains hommes politiques belges n'est pas de nature à apporter des
solutions durables à la crise congolaise.
Quelles sont, selon vous, les conditions à remplir pour
rétablir la stabilité en RD Congo ?
Je me pose une question. Pourquoi, fait-on appel à des forces
étrangères chaque fois qu'il y a le moindre trouble interne au Congo
?
Un exemple ?
Vous savez autant que moi que ce sont des forces étrangères, et non
des soldats congolais, qui ont fait « le boulot » les 22 et 23 mars
à Kinshasa.
Pouvez-vous citer la nationalité de ces forces
étrangères ?
Je ne peux pas le faire pour le moment. Je suis dans une position où
je dois m'imposer une certaine réserve.
Une dépêche de l'Agence France presse a fait état de la
participation des troupes angolaises aux combats. N'est-ce pas
paradoxal au moment où une portion du territoire congolais est
occupée par l'Angola ?
Je tiens d'abord à dire que l'attaque menée contre les gardes du
sénateur Jean-Pierre Bemba, les 22 et 23 mars, est tout à fait
injustifiée. C'est une fuite en avant de la part de l'autorité
congolaise pour masquer ses faiblesses. La garde de l'ancien
vice-président Bemba a été attaquée au moment où l'opinion attendait
de connaître les résultats des enquêtes ouvertes sur les événements
de Bundu Dia Kongo et l'affaire Kahemba. La responsabilité des
événements des 22 et 23 mars incombent au hôte du Palais de la
nation lequel pouvait régler ce différend par un « moratoire » comme
on a pris l'habitude de le faire.
Par hôte du Palais de la nation, vous voulez parler de
Joseph Kabila !
Je crois bien.
Apparemment, vous n'aimez pas le citer nommément…
Pourquoi devrai-je le faire ?
Vous le faites pourtant pour Bemba et Ruberwa
Pour être digne d'assumer les fonctions de chef d'Etat d'un pays
dévasté depuis au moins une décennie, il faut être une personne à
l'écoute des aspirations de ce peuple. Vous savez comme moi que
notre peuple n'a jamais connu autant de violences à Kinshasa. Et ce,
même à l'époque du maréchal Mobutu. Désormais, on a amené la guerre
à Kinshasa. Il s'agit d'un fait sans précédent. Qui a amené
aujourd'hui la culture de la violence dans la capitale ? Savez-vous
pourquoi les Kinois ne réagissent pas ? Simplement parce qu'ils ne
sont pas habitués à cette culture. Voilà pourquoi je m'étonne de
vous entendre me demander d'honorer celui qui est à la base des
violences stériles qui ont eu lieu dans notre capitale.
La population kinoise a-t-elle peur de réagir ?
Evidemment. Cette population a peur parce que toutes les élites
l'ont trahie. Elle se sent seule. Je tiens à vous dire, pour ma
part, que je ne trahirai jamais cette population. Bien au contraire.
Je me tiens à ses côtés.
Que faut-il faire pour stopper ce qu'il faut bien
appeler la « violence d'Etat » en RD Congo ?
Il s'agit bien de violence d'Etat. Il vous souviendra que lors de sa
conférence de presse tenue au lendemain des affrontements des 22 et
23 mars, l'hôte du Palais de la nation a déclaré avoir utilisé «
tous les moyens » pour « rétablir l'ordre ». Il a même osé comparer
la situation de Kinshasa à ce qui se passe en Irak. Je constate
qu'il a oublié de relever que les violences exercées par les
autorités ou un chef d'Etat à l'encontre de la population et de sa
civilisation sont réprimées par la justice. Qu'il sache que Monsieur
Saddam Hussein n'a pas été condamné et exécuté, uniquement parce
qu'il avait occupé le Koweit. C'est parce qu'il avait utilisé la
violence contre son peuple. Je tiens à adresser un message à l'hôte
du Palais de la nation, lui qui est, semble-t-il, diplômé en droit
de l'université de Washington. Je lui conseille de se souvenir du
principe de parallélisme de formes et de compétences. A savoir que
celui qui a fait peut défaire en suivant les mêmes procédés. Il a
été « fait » par l'extérieur. Il sera défait par le même mécanisme.
Car il ne rassure ni sa population ni l'extérieur. Parlant de
l'opposition, je l'ai déjà entendu dire : « Le chien aboie, la
caravane passe ». Et d'ajouter : « Attention, la caravane peut
écraser le chien ». Il n'a pas osé dire quelle serait la réaction du
propriétaire du chien écrasé. Qu'il n'ait pas la grosse tête. Qu'il
ne parle pas de la légitimité. La légitimité suppose une cohérence
entre les attentes de la population et l'action de celui qui est
censé être à la tête du pays. Je n'ai pas l'habitude de lancer des
anathèmes. Je parle aujourd'hui parce que mon cœur saigne. Je suis
blessé.
Si je vous comprends bien, Kabila pourrait subir le même
sort que Saddam Hussein ?
J'ai simplement tenu à dire que l'Histoire est un éternel
recommencement. Qui aurait cru que Saddam Hussein, qui fut un moment
le « chouchou » de l'Occident, pouvait connaître une fin aussi
tragique ? Qui l'eut cru que Slobodan Milosevic qui avait signé les
accords de Dayton finirait sa vie dans une prison aux Pays-Bas ? Je
vous dit simplement que la violence exercée sur la population à
Kinshasa ne pourra plus continuer. Croyez-moi, le processus de «
tyrannogonie » prendra fin d'ici là !
Comme vous le savez, une chasse à l'homme a suivi les
affrontements de Kinshasa. Les habitations de plusieurs
personnalités de l'opposition ont été pillées. Certains individus
ont été brimés du fait de leur appartenance à la province de
l'Equateur. Quelle est votre commentaire ?
Tous ces faits démontrent à suffisance que l'hôte du Palais de la
Nation n'est pas un rassembleur. Il créé ainsi des rancoeurs.
Désormais, une partie de notre peuple ne se reconnaît plus à travers
le pouvoir en place. Tout ressortissant de la province de l'Equateur
est d'office labellisé membre du MLC. Je suis pourtant un Mongo,
originaire de la province de l'Equateur sans être membre du MLC. Je
tiens cependant à dire qu'au Congo, il n'y a pas une population plus
corruptible que les élites de la province de l'Equateur. Il ne faut
pas oublier que pendant qu'on assiste à une chasse à l'homme, les
services des renseignements militaires (ex-Demiap) sont dirigés par
un général issu de l'ethnie Mongo.
Comment s'appelle-t-il ?
Il s'agit, comme vous le savez, du général Didier Etumba. Je ne le
cite pas pour le dénigrer. Il est le responsable de l'ex-Demiap. La
Mission de l'ONU au Congo n'a pas manqué d'inviter les autorités
congolaises à mettre fin cette chasse à l'homme. Celui qui m'a le
plus choqué est l'homme qu'on désigne abusivement sous l'appellation
« Nsomi ya ba Mongo ». (Traduction : leader des Mongo, Ndlr). Il
s'agit de M. Justin-Marie Bomboko. Que M. Bomboko soutienne le
candidat de l'AMP lors de la présidentielle, c'est tout à fait son
droit. J'ai été choqué d'entendre ce Monsieur - que je respecte par
ailleurs en tant que « Papa », dire aux populations de la province
de l'Equateur ce qui suit : « Nalobi na bino bo-vota Bemba te. Pamba
te, tango Mobutu azalaki na pouvoir asalaki eloko moko te epayi ya
ba-Mongo ». (Traduction : je vous exhorte de ne pas voter pour Bemba
du fait que Mobutu n'a accompli aucune réalisation profitable aux
Mongo, Ndlr ). Qu'a-t-il réalisé, lui, durant toutes les années
passées au pouvoir ? J'adresse les mêmes reproches à Papa Léon
Engulu qui a rejoint l'AMP. Je n'ai aucune considération à l'égard
de tels opportunistes. Ces personnalités ont comme par hasard oublié
l'humiliation qu'ils avaient enduré lors de l'arrivée au pouvoir de
l'AFDL en mai 1997. On assiste là au syndrome de Stockholm où le
bourreau d'hier est pris de sympathie par ses victimes. Je peux vous
dire que les ressortissants de l'Equateur n'ont pas peu contribué à
la consolidation de ce régime qui conduit le pays dans une impasse.
Ne va-t-on pas vous reprocher de lancer une guerre
fratricide « mongono-mongonaise » ?
Il est temps d'abattre toutes les « statues » stériles. Ce qui se
passe dans la région de l'Equateur est perceptible également dans
les provinces du Kivu. Ici aussi, le mal se situe au niveau des
élites qui se laissent soudoyer par le pouvoir.
Le procureur général de la République a demandé la levée
de l'immunité parlementaire du sénateur Bemba en vue d'engager des
poursuites à son encontre. D'aucuns s'étonnent qu'une action
analogue n'ait pas été intentée contre Laurent Nkunda. Qu'en
dites-vous ?
Je constate d'abord que Bemba a pu quitté Kinshasa librement et que
la demande du Procureur général de la République n'est intervenue
qu'après son départ.
Voulez-vous insinuer que c'est une manière de lui
signifier que son retour au pays n'est pas souhaitable ?
Bemba reviendra. Vous pouvez me croire. Je ne suis pas un « bembiste
». J'estime cependant que nul ne peut interdire à un Congolais de
regagner sa patrie. J'aurai souhaité que la justice congolaise fasse
preuve de la même diligence à l'égard de M. Nkunda qui fait l'objet
d'un mandat d'arrêt international. Les miliciens de ce général
dissident sont actuellement en cours de « mixage » au Nord Kivu.
Malgré toutes les violences que M. Nkunda inflige à nos compatriotes
du Kivu, les autorités de Kinshasa envoient des négociateurs pour
discuter avec lui. Nous ne pouvons en aucun cas accepter que M.
Bemba soit contraint à l'exil pendant que Nkunda continue à sévir
impunément dans le pays. J'ai comme impression que l'objectif se
limite à « détruire » Jean-Pierre Bemba. Entre le déshonneur et la
résistance, j'ai choisi la résistance. Dans la situation actuelle,
tous les moyens pour rétablir le Congo dans son honneur et dans son
droit sont légitimes. Ne pas y recourir est un crime contre la
Nation et la civilisation congolaise. Avant de quitter cette terre,
je rétablirai mon pays dans ses droits. Je rétablirai mon peuple
dans son honneur.
Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que les
Congolais parlent beaucoup mais agissent très peu ?
Je vous ai dit précédemment que j'avais opté pour le silence afin de
donner une chance à mon pays. Aujourd'hui, la tyrannie naissante ne
nous laisse pas beaucoup de choix…
A vous entendre parler, on est tenté de conclure que la
démocratie congolaise est morte
Il n'y a jamais eu de démocratie au Congo. Il y a eu, en réalité,
une illusion démocratique dont le but était de légitimer un homme.
L'emblème de votre parti UNIR MN est représenté par les
drapeaux des trois Républiques (RD Congo de Kasa-Vubu, Zaïre de
Mobutu et RD Congo de LD Kabila). Est-ce une volonté de rassembler
les Congolais ?
Je suis un homme de synthèse. J'ai toujours dit que les Congolais
doivent assumer l'Histoire de leur pays que celle-ci soit
douloureuse ou pas. Je considère que nous devons nous réconcilier
avec notre Histoire sans esprit revanchard. Nous devons nous
réconcilier avec nos illustres disparus. Nous devons nous
réconcilier avec notre passé pour mieux bâtir l'avenir. De même, il
me paraît illusoire d'espérer relancer l'économie congolaise avant
de refonder l'Etat. Refonder l'Etat consiste à doter le pays d'une
force de défense capable de répondre à toute agression. Les hommes
sont là ! Il faudrait par la suite moderniser l'administration.
Enfin, l'Etat doit jouer un rôle d'impulseur afin de promouvoir une
« bourgeoise entrepreneuriale » congolaise.
Propos recueillis par B. Amba Wetshi - Congo Indépendant.
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