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Message du Président de l’UNIR MN
aux filles et fils de la Patrie, aux acteurs de la transition et
au Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT)
(publié à Kinshasa le 1er octobre 2004 dans le quotidien "Le Potentiel", édition n. 3239)

Mes très chers compatriotes,
Filles et fils de la Patrie,
J’ai été profondément sensible à l’accueil que vous avez réservé au
message que je vous ai adressé le 17 septembre 2004 par voie de
presse et, au nom de l’UNIR MN, je tiens à vous exprimer toute ma
reconnaissance. Au moment où notre pays est plongé dans une misère
sociale apocalyptique, c’est votre patience qui frappe les esprits.
Et aucun être humain digne n’osera faire de commentaires tant votre
lutte pour la survie quotidienne a quelque chose d’émouvant et
apparaît aux yeux de tous comme une forme suprême de résistance à
l’oppression. Nous ne pouvons que nous incliner et vous rendre un
vibrant hommage. Et mon inquiétude est pour dire aux acteurs de la
transition de prendre garde : votre gestion des affaires de l’Etat a
généré une détérioration sensible du climat politique, marqué de
surcroît par un malaise social croissant. Les populations ne
ressentent aucune amélioration, même timide, de leur situation
sociale. Aussi, faute d’un minimum vital (et j’insiste sur le
minimum vital) des millions de nos concitoyens se sentent abandonnés
par l’Etat. Le sentiment d’un tel abandon aura des conséquences
fâcheuses pour la suite de choses si l’on y prend pas garde. Il est
superflu de vous rappeler que les populations au Congo-Zaïre sont,
depuis longtemps, laissées pour compte. Comment peut-on encore
exiger d’elles une participation active dans la chose publique ?
Ce deuxième message par lequel je vous exhorte tous à œuvrer,
ensemble et dans l’entente, pour trouver la réponse définitive à la
crise qui secoue notre pays, traduit mon souci de dire au monde ma
conviction que les filles et fils du Congo, dont les parents avaient
su mettre fin tant bien que mal aux déchirures du passé post
colonial, sauraient s’unir dans un élan patriotique pour répondre à
l’appel de l’histoire. Il nous faudra pour cela prendre suffisamment
de champ de perspective pour voir d’où sortait notre Congo depuis
les journées incertaines de 4 et 5 janvier 1959 jusqu’à la fin de
cette gigantesque lutte de sa décolonisation en 1960 et la période
difficile des années de turbulence qui la suivirent et (qui a vu
notamment la disparition tragique du plus illustre des pères de
notre indépendance) pour comprendre qu’il nous faut un engagement
décisif massif pour faire face à l’aventurisme politicien de
certains de nôtres qui menace l’existence de notre patrie.
Mes chers compatriotes, j’ai longuement et profondément réfléchi sur
le sens qu’il convient de donner à l’intervention de la Communauté
internationale au Congo-Zaïre ces dernières années. La Communauté
internationale est fortement engagée (politiquement et
financièrement) dans le processus de pacification et de
reconstruction de notre Congo-Zaïre. Cet engagement ne peut se
réaliser qu’en appui des efforts décisifs congolais. Pourquoi
gâchez-vous l’énorme opportunité qu’elle vous a accordée pour
reconstruire notre pays ? La MONUC et le CIAT n’assisteront pas
indéfiniment notre pays. Vous avez l’obligation de vrais résultats.
Aussi je vous invite à distinguer les recommandations de la
Communauté internationale (prises sur la base de l’accord global et
inclusif) de leur faisabilité dont l’appréciation n’incombe qu’aux
seuls acteurs de la transition.
Palliant le manque d’impulsion politique de la part des autorités
présidentielles, le CIAT (alors qu’il n’est institué que pour
accompagner la transition) joue le rôle de locomotive dans les
avancées essentielles de la transition. Et lorsqu’il exprime sa
position, à juste titre, sur la tenue des élections, il ne fait
aucun doute qu’il vous invite à mettre tout en œuvre pour que
celles-ci aient lieu. Mais il souligne, toutefois, que de véritables
défis doivent être relevés préalablement à l’organisation de
l’élection qui n’est pas un gage de démocratie. Ce qui surprend,
c’est le fait d’entendre des plus grands dignitaires de la
transition d’affirmer sans retenue, devant le plus grand forum des
nations, la tenue des élections générales libres, démocratiques et
transparentes dans le temps imparti. De telles absurdités ou du
moins de telles positions démagogiques ne relèvent-elles pas de
l’obscurantisme visionnaire, de l’inculture politico-juridique
constitutionnelle ou simplement de l’irresponsabilité politique ?
Mes chers compatriotes, Si l’on prend la peine de jeter aujourd’hui
un regard sur la façon dont est conduite la politique de la
République Démocratique du Congo depuis la mise en place de la
transition, on ne peut faire autrement, en présence de la
compromission, de la maladresse continuelle et incompréhensible de
certains de nos hommes politiques et non des moindres, que de se
prendre la tête entre les mains et de s’abandonner tout simplement
au désespoir, ou bien, soulevé par une ardente indignation, « de
partir en guerre » contre une certaine classe politique congolaise.
Quelle déchéance !
La situation en RDC est plus que fragile. L’analyse objective qu’en
fait bon nombre d’experts internationaux, quant à la tenue des
élections, ne semble cependant pas refléter les véritables réalités
qu’on peut observer dans le jeu pernicieux des forces en présence.
La tenue des élections est devenue le seul leitmotiv qui sous-tend
désormais la promesse politique de l’Exécutif de la transition à
respecter les échéances convenues. Ces élections constituent
actuellement un faire valoir pour un régime aux abois, et qui
voudrait s’attirer les sympathies de la Communauté internationale
alors même que tout porte à croire que lesdites échéances se
limiteront à une véritable mascarade. En effet, des élections
sérieuses ne peuvent avoir lieu dans la RDC contemporaine et ceci
pour plusieurs raisons dont on rapportera principalement deux. D’une
part, sur le plan de l’organisation administrative, tout est encore
à faire, sinon à refaire. Les services administratifs n’ont reçu
aucune sorte de commencement de formation pour disposer des
aptitudes nécessaires à la préparation de consultations sérieuses.
Elle ne peut donc s’engager que dans des approximations dont on ne
manque de percevoir le réel et final bénéficiaire. Le Parlement, en
dépit de l’obstruction du gouvernement, fait progresser, tant bien
que mal, la législation relative au scrutin, mais beaucoup reste à
faire. D’autre part, dans un pays énorme, avec des moyens de
communication physique très limités, dont on ne connaît pas
exactement le nombre d’habitants ni où ils se trouvent, (on peut
juste se baser sur un recensement qui remonte à 19 ans alors qu’il y
a eu d’énormes déplacements de populations à cause des conflits
ethniques et des guerres qui ont affecté le pays et ses voisins) par
quel miracle peut-on organiser d’ici juin 2005 des élections
crédibles ? La RDC doit à ce titre faire face à de sérieuses
difficultés en termes de recensement de la population, exercice dont
on ne mesure pas la réelle difficulté, mais dont la dangerosité se
décline au regard des populations à statut non clarifié pour
nationalité indéterminée, alors même qu’elles résident sur le
territoire congolais. On peut ajouter à cela l’obstruction
systématique de certains Etats impliqués dans la crise congolaise et
qui, chose fort déplorable, ont acquis un droit de regard et même
d’intervention dans un pays comme le Congo-Zaïre.
Le recensement des électeurs est essentiel pour que les scrutins
soient libres et équitables puisqu’il permet, d’une part, la
détermination du nombre de sièges par circonscription et, de
l’autre, l’identification individuelle des personnes ayant le droit
de participer aux scrutins. C’est une des opérations pré-électorales
les plus onéreuses et les plus fastidieuses. Alors que l’état civil
au Congo-Zaïre est largement sinistré, il ressort du rapport du
service juridique de l’UNIR-MN que trois options existent à ce stade
: soit un recensement strictement électoral, qui prendrait environ 6
mois et ne prendrait en compte que les citoyens en âge de voter,
soit un recensement administratif, qui prendrait sans doute entre 9
et 12 mois, et qui permettrait de localiser et d’enregistrer toute
la population se trouvant sur le territoire de la République pour en
dresser une liste générale dont on pourra extraire la liste des
électeurs, soit un recensement par l’état civil couplant
l’établissement de registres de la population informatisés et
comportant des données bio métriques, registres dont sera extraite,
comme dans l’option précédente, la liste des électeurs avec la mise
en place d’une carte d’identité sécurisée, option la plus
intéressante mais qui serait la plus onéreuse et qui prendrait sans
doute plus d’un an.
Dans ces conditions, chacun conviendra certainement qu’une élection
quelque peu différée vaut mieux qu’une élection tenue dans le temps
imparti, mais qui entraîne le pays dans le chaos. Ne vaut-il pas
mieux pourtant accepter ce sacrifice modeste pour éviter un
sacrifice plus grand encore ? Je vous laisse méditer là-dessus. Je
mets en garde les acteurs de la transition contre toute tentative
frauduleuse à organiser de manière hasardeuse les élections dans la
précipitation inconsidérée, et dont l’issu serait une nouvelle fois
le chaos pour notre pays. Vous en porterez une lourde responsabilité
et en subirez les conséquences.
L’UNIR-MN est favorable aux élections. Nous mettons seulement en
évidence les risques majeurs de la tenue d’élections dans le
contexte actuel d’instabilité politique et d’insécurité régionale.
Toutefois, si les filles et fils du Congo-Zaïre, l’ensemble des
acteurs de la transition et les membres de la Communauté
internationale y tiennent, l’UNIR MN y participera activement. Notre
résolution est de conduire sans atermoiements funestes, mais sans
précipitation inconsidérée, notre pays à la démocratie dans la paix.
L’UNIR-MN est respectueuse des objectifs prioritaires de la
transition que sont : le rétablissement de l’autorité et de la paix
sur tout le territoire, la reconstruction d’une armée nationale, la
préparation des élections et la démocratisation. Mais la situation
actuelle de la RDC nous conduit à considérer qu’une période de
transition politique ne doit pas n’être qu’une petite parenthèse
politique sans profondeur. La transition ne doit pas être une
période d’immobilisme. Une véritable transition doit permettre de
remettre la République en selle. Ceci suppose que des évolutions
essentielles soient amorcées du point de vue de la Statolité
congo-zaïroise (vocation du Congo-Zaïre à se prévaloir de la qualité
d’Etat).
On ne peut en quelques semestres restaurer l’autorité de l’Etat,
rétablir l’intégrité du territoire, former une nouvelle armée
nationale, intégrée et doter d’une capacité de défense active et
réactive, normaliser la situation diplomatique du pays, poser de
nouveaux jalons solides à la relance de l’économie nationale,
organiser rapidement des élections et créer les conditions d’un jeu
démocratique qui pourrait alors se dérouler dans la transparence et
dans une conjoncture propre à la préservation de la paix sociale et
politique.
Sous ce rapport, une transition biennale paraît irrecevable. Il
convient de se rendre à une évidence. L’improvisation ne peut
garantir un retour sûr et durable de la paix et de l’Etat de droit
en RDC. Il s’agit donc d’éviter de procéder par amateurisme, ou
encore d’y aller avec la légèreté qui caractérise la précipitation.
La reconstruction doit se conduire dans la rigueur, la sérénité et
la plus grande transparence. Les conditions d’une participation
collective des forces vives de la nation doivent être réunies. Il ne
s’agit pas simplement de créer des institutions nouvelles sans leur
laisser le temps de s’acclimater dans un cadre d’action continu et
cohérent. Le sérieux de la dynamique de transition doit se traduire
dans sa durée optimale. La durée du mandat pour la transition ne
doit être ni trop longue, sous peine d’usure, ni trop courte, sous
peine d’instabilité. Croire que 4 petits semestres suffiraient pour
assurer le nettoyage des blessures et des frasques de la longue
période trouble que traverse notre pays depuis 1997 c’est manquer de
vision dans les orientations de notre avenir. L’UNIR MN refuse
l’amateurisme, l’aventurisme et l’improvisation. Notre ambition est
de marquer le retour à la stabilité politique du sceau de la
renaissance. Il s’agit de poser de robustes jalons qui pourront
éviter qu’un jour, la République ne sombre à nouveau, aussi
facilement qu’on a déjà eu l’occasion de la constater, dans le
chaos. C’est pour garantir de telles bases solides à la transition
que l’UNIR MN appelle toutes les forces vives de la Nation à
s’inscrire dans une démarche de rigueur et de construction en
profondeur. Il est impérieux pour la réussite de la reconstruction
de notre pays de constituer un noyau cohérent, vigoureux, qui ne
s’use pas dans les vaines querelles politiciennes, d’accepter les
sacrifices. Aucun succès durable ne saurait être attendu
d’institutions qui ont été bâties sur des bases superficielles.
Mes chers compatriotes, dans un monde où plus rien n’a de sens, ceux
qui, comme nous, filles et fils du Congo-Zaïre, ont la chance d’en
trouver un au destin de leur nation doivent tout lui sacrifier. Et
si nous voulons réellement obtenir devant l’histoire la consécration
d’une grande mission sacrée en faveur de notre peuple, nous devons,
pleinement et douloureusement être conscients de la véritable
situation existentielle des filles et fils du Congo-Zaïre sur terre
et surtout dans notre espace régional, entreprendre avec courage et
clairvoyance la lutte contre l’inconscience et l’incapacité qui ont
guidé jusqu’à présent la gestion de la politique de notre pays.
Quand un pays de soixante millions d’hommes, comme le nôtre, voit sa
subsistance garantie par l’étendue de son territoire, il est
néanmoins nécessaire encore de penser assurer avant toute chose la
sécurité de celui-ci. Celle-ci résulte de la puissance politique
d’ensemble de l’Etat, puissance qui est directement fonction de la
valeur de ses hommes politiques, de la valeur militaire de sa
situation géographique et de sa capacité administrative et
institutionnelle. Aujourd’hui, notre première mission doit consister
d’abord à rendre à notre pays la puissance que possède un Etat fort
et libre ; la renaissance d’un tel Etat au Congo-Zaïre est la
condition préalable et nécessaire qu’il faille remplir pour pouvoir
engager le pays dans le processus de démocratie élective afin que le
pouvoir soit dévolu de manière pleinement légitime. On doit, pour
cela, supprimer les causes de notre effondrement, anéantir ceux qui
en tirent avantage, éliminer impitoyablement toutes velléités de
divisions intérieures, bref toutes les autres considérations quelles
qu’elles soient. Et cette action est la seule qui devant la
providence et notre postérité congo-zaïroise, justifie notre
opposition à la démarche politique actuelle, et justifiera toute
action légitime que l’UNIR-MN mènera dans l’avenir pour permettre à
notre patrie de retrouver sa dignité.
Il faut avoir le courage de dire que le système de gouvernement 1+4
est un objet politique non identifié, une expérimentation hasardeuse
qui n’a fait que prolonger la longue agonie de notre pays, un
système qui n’a répondu malheureusement plus aux préoccupations de
dosage politicien qu’à un souci d’efficacité et de bonne
gouvernance. Ce système aux contours obscurs est une parenthèse à
refermer dans l’histoire institutionnelle et constitutionnelle de
notre pays. S’obstiner à croire en la capacité d’un tel système de
gouvernement pour résoudre la crise congolaise relève du phantasme
politique cynique et de la vanité stérile. Ce qui doit changer,
c'est surtout un état d'esprit, une pratique de la politique et
l'exercice du pouvoir par ceux qui disposent constitutionnellement
des leviers de commande pour assurer le fonctionnement régulier des
pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat, pour orienter le
destin de la collectivité nationale. Nous devons, dorénavant, faire
passer l'exigence de justice, de responsabilité et d'éthique avant
toutes les considérations qui ont joué et jouent un rôle majeur dans
la dégradation de la vie politique dans notre pays.
Que la Providence nous accorde la force pour commencer une nouvelle
lutte, une lutte sublime qui va mener notre patrie à la paix, à la
prospérité et à la grandeur. Et pour cela nous devons toujours et à
chaque instant de notre vie nous souvenir, sans fléchir, de notre
unique devoir : préserver la patrie contre le danger de convoitises
extérieures, et prier la providence pour qu’elle ne refuse pas sa
bénédiction à notre cause et qu’elle veuille bien ne pas abandonner
notre peuple dans les temps à venir.
Frédéric Boyenga Bofala
Président de l’UNIR MN
www.unir-mn.org
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