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Message de Laurent INUNGU TU-LAKU, Olivier MESKENS et Mukwabuhika
Placide MABAKA
(publié
à Kinshasa le 20 octobre 2004 dans le quotidien "Le
Potentiel", édition n. 3255)
LE CONSENSUS GOUVERNEMENTAL SUR LE CALENDRIER ELECTORAL, UNE ARNAQUE
POLITIQUE ?
Le calendrier électoral arrêté par le gouvernement de
transition, sous la pression ultime du CIAT, témoigne, si besoin
est, de l’insuffisance de la méthode jusqu’ici retenue et de
l’incapacité des autorités congolaises à initier le processus viable
du règlement de la crise qui saigne notre pays.
Cette feuille de route électorale ne peut que laisser perplexe tout
citoyen conscient du désastre socio-économique et politique,
gangrène de l’organisation actuelle des institutions en RDC.
Assurément, la tenue des élections dans le délai imparti aurait pour
but non pas l’organisation structurelle et politique de notre chère
Patrie, mais consisterait plutôt, d’après ce gouvernement, à «
déjouer les pronostics des “congolo-pessimistes” » (Potentiel,
édition n° 3247 du lundi 11 octobre 2004).
Un tel défi est en soi défendable. En revanche, le manque de
lucidité et de réalisme tant politique que pratique dont ont fait
preuve les membres de l’exécutif congolais semble incompréhensible
et, en conséquence, intolérable dans la mesure où la transition vise
essentiellement à « édifier un Etat de droit durable fondé sur
(...) le plein épanouissement tant spirituel que moral de chaque
citoyen congolais, ainsi que le développement harmonieux de la
communauté nationale » (Alinéa 6 du Préambule de la Constitution
de la transition du 4 avril 2003).
Ceci étant, le calendrier électoral du gouvernement est sur, le
fond, une ineptie paroxystique, caractérisée par l’antilogie qui en
émane. Pour s’en convaincre, il suffit de noter que les concepteurs
de ce calendrier ont prévu l’organisation du référendum
constitutionnel au mois de février 2005, soit un à deux mois avant
le recensement des électeurs, lequel est censé intervenir en mars
et/ou avril de la même année. Or, le référendum constitutionnel est
un
procédé de la démocratie par lequel le peuple citoyen, par son vote
direct, se prononce
sur l’adoption (ou la révision) de la Constitution.
Cette consultation populaire suppose donc l’existence des électeurs.
Politiquement et techniquement, pour que cette consultation ait lieu
dans la transparence et la sérénité dans un pays aux populations
déchirées et éclatées comme la RDC, la localisation et
l’identification des citoyens électeurs constituent de préalables
non négligeables sinon déterminants. Il s’en suit que le bon sens
voudrait donc que le recensement intervienne avant le vote. Dans ces
conditions, l’UNIR MN prie le gouvernement d’expliquer aux filles et
fils du Congo-Zaïre la recette miraculeuse qui lui permettrait
d’organiser une consultation populaire sans électeurs. Une telle
médiocrité technicienne n’honore pas la République. En vérité, les
membres de l’exécutif congolais ont perdu de vue le fait que : «
Quand on fait une statue, il ne faut pas toujours être assis en un
lieu ; il la faut voir de tous les côtés, de loin, de près, en haut,
en bas, dans tous les sens » (Montesquieu, Cahiers).
Par-delà la maladresse du gouvernement, la réaction de certains
députés à ce calendrier électoral est également curieuse. Certes, le
droit à des élections libres est l’empreinte de l’expression
démocratique ; cependant, l’organisation des élections dans un
contexte politique, social et économique manifestement instable ne
peut en aucun cas permettre « de construire une seule et même
Nation harmonieusement intégrée et de consolider l'unité nationale
afin de donner une véritable âme à notre Etat » (Alinéa 4 du
Préambule de la Constitution de la transition du 4 avril 2003).
Persister dans cette voie serait une démarche politique suicidaire
qui, plus est, dénoterait un manque avéré de sens de responsabilité.
En effet, l’expertise du service juridique de l’UNIR MN a montré que
la tenue des élections dans le délai imparti par la Constitution de
la transition risque de parachever la déconfiture de notre pays,
déjà en chaos. Aussi le Président de l’UNIR MN mettait-il en garde
les acteurs de la transition « contre toute tentative frauduleuse
à organiser de manière hasardeuse les élections dans la
précipitation inconsidérée, et dont l’issue serait une nouvelle fois
le chaos pour notre pays » (Message aux filles et fils de la
Patrie, aux acteurs de la transition et au Comité international
d’accompagnement de la transition, publié par Le Potentiel, éditions
n° 3239 du 1er octobre 2004 et n° 3240 du 2 octobre 2004).
Pour toutes ces raisons, nous invitons le Parlement à prendre ses
responsabilités en refusant de cautionner une telle arnaque
politique. A moins d’être ignorant ou de mauvaise foi, voire les
deux, les exigences liées à la fabrication des lois sont telles
qu’un Parlement digne de ce nom ne peut voter en l’espace de deux
mois une quinzaine de lois essentielles – dont la loi
constitutionnelle – appelées à sceller le sort des générations
futures.
Quiconque prétend aimer réellement notre Patrie doit librement et
consciencieusement se déterminer en tenant compte, notamment, du
fait que le Congo-Zaïre n’est pas sa propriété ; il n’en est qu’un
simple usufruitier. Ce faisant, le souci de créer une société de
paix et de bien-être doit constituer la priorité des priorités.
Chacun doit avant tout penser à l’héritage qu’il voudrait léguer aux
générations futures. Chacun doit donc prendre conscience du devoir
qui est le sien, et oeuvrer à sa réalisation. Dans cette
perspective, nous vous exhortons à méditer cette pensée de Salomon,
vraiment sage : « Qui presse trop la mamelle pour en tirer du
lait, en l’échauffant et la tourmentant, tire du beurre ; qui se
mouche trop fortement, fait venir le sang ; qui presse trop les
hommes, excite des révoltes et des séditions ». Tant que la
République n’est pas stabilisée et sécurisée, l’Etat de droit
instauré, le peuple réconcilié, n’engagez pas la patrie dans des
voies électoralistes obscures et hasardeuses qui nuiraient encore
plus à sa cohésion inexistante.
Laurent INUNGU TU-LAKU
Vice-Président de l’UNIR MN,
Olivier MESKENS
Secrétaire Général de l’UNIR MN,
Mukwabuhika Placide MABAKA
Membre du Bureau exécutif de l’UNIR MN
www.unir-mn.org
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