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Message du Président de l’UNIR MN
aux filles et aux fils du
Congo-Zaïre
(paru à Kinshasa le 17 septembre 2004 dans
le quotidien "Le Potentiel", édition n. 3227)

Mes chers compatriotes,
Filles et fils du Congo-Zaïre,
C’est la première fois que je m’adresse à vous, à travers la presse,
en ma qualité de simple fils du Congo-Zaïre et président de
l’UNIR MN, et c’est seulement à ce titre que je vous envoie ce
message qui, je l’espère, prendra toute sa signification avec le
temps, quand demain sera devenu aujourd’hui. Beaucoup de ceux
d’entre vous qui connaissent et suivent l’engagement politique de
l’UNIR MN, nous ont reproché notre silence dans l’appréciation des
événements qui secouent notre pays depuis la mise en place de la
transition. Ces compatriotes nous ont rappelés que l’UNIR MN, à
travers son projet et ses propositions a apporté un courant nouveau
qui représente un espoir non négligeable pour notre peuple et que
cet espoir risquerait d’être anéanti si l’UNIR MN ne se manifestait
pas publiquement. Si nous n’avons pas accédé à cet exercice de
communication c’est pour une raison simple, nous nous sommes imposés
l’obligation responsable de laisser le temps à ceux qui ont la
charge des affaires de l’Etat de mener à bien la transition au lieu
de jouer la carte du pourrissement de la situation en petits
amateurs agitateurs qui font profession de démagogie et de populisme
en dénigrant tout et rien. Si nous avons décidé de rompre le silence
c’est parce que les temps de l’histoire nous y obligent.
En effet, un an après la mise en œuvre de l’Accord Global et
Inclusif et la mise en place des institutions politiques de
transition, l’instabilité de la situation politique en République
Démocratique du Congo mine chaque jour un peu plus l’espoir d’une
réconciliation nationale tant espérée par les filles et les fils de
notre pays et continue de menacer l’existence régionale de notre
Patrie Congo-Zaïre.
Même si nous devons reconnaître que cette transition se déroule dans
un environnement régional marqué d’incertitude, de méfiance, de
volatilité et de violence, bien loin encore de ce « nouvel ordre
régional pacifique » que l’on prophétisait il y a seulement quelque
temps, tout le monde est conscient que la démarche historique est
irréversible et que le changement de cette ampleur met du temps à
s’enraciner. Malheureusement, force est cependant de constater que
les temps semblent en effet de nouveau propices au doute et à
l’inquiétude. Et si nous ne prenons pas garde ce compromis politique
non viable risque, à tout moment, d’être interrompu et entraîner de
nouveau notre pays dans la déchirure. Cette situation est liée pour
l’essentiel aux gesticulations politiciennes et à l’inconduite
civique d’une grande partie de la classe politique actuelle. Elle
est surtout la conséquence inéluctable de la stratégie adoptée par
les différents protagonistes qui visent en somme le partage du
pouvoir et non l’organisation de celui-ci. Qui perçoit à l’évidence
les mutations comportementales politiques favorables pour la
reconstruction de notre pays que devraient générer le « salutaire »
Accord global et inclusif ?
Accueillie dans l’enthousiasme démesuré parce qu’on y lisait (peut
être trop vite) la fin de la crise multiforme qui saigne notre
patrie, la victoire de la souveraineté retrouvée sur la servitude,
la mise en place des institutions de la transition avec le système
de gouvernement (1+4) a ouvert à nouveau l’une de ces périodes de
morosité et d’inquiétude où les populations du Congo-Zaïre se
complaisent –aujourd’hui comme plusieurs fois déjà jadis- à douter
de la capacité des hommes politiques à restaurer la paix.
Cette situation était prévisible. Pour bon nombre de nos
compatriotes et d’observateurs avertis de la crise congolaise, il
était effectivement incongru de croire un seul instant que ceux qui,
encore aujourd’hui, se font la « guerre » de manière sournoise,
soient aptes à constituer un Exécutif d’union nationale au sein
duquel les principales décisions doivent paradoxalement être prises
non pas selon le principe de la collégialité mais au contraire par
consensus. Il en est résulté une lutte acharnée de pouvoir entre les
différentes composantes politiques (espace présidentiel +
gouvernement), qui bloquent et paralysent le fonctionnement même des
institutions de la transition. Cette situation est due en partie à
la complexité du système de gouvernement non viable(1+4), en partie
aux avantages politico-économiques dont jouissent ceux au pouvoir et
en partie au boycottage systématique de certaines forces négatives
présentes dans l’ensemble des composantes. L’UNIR MN reste convaincu
que l’attitude adoptée par les différentes parties à la transition
politique en République Démocratique du Congo n’est que
symptomatique de leur manque de volonté à restaurer l’autorité de
l’Etat, la paix, à assurer à notre peuple la sécurité nécessaire, et
de leur incapacité à sceller la réconciliation nationale.
Après un an de fonctionnement, un bilan à mi- parcours, nous oblige
à nous rendre en évidence que la transition politique, tant
attendue, ne reposait que sur l’illusion qu’elle créait, mais non
pas sur l’espérance qu’elle incarnait et qui, elle, était illusoire
en l’absence d’un projet de société viable, d’un contrat social
sacré et réfléchi, d’un véritable pacte républicain comme en
témoigne la gestion quotidienne des affaires de l’Etat. Désormais,
quelles raisons positives de croire en la formule actuelle de la
transition ? Désormais, autour de quel message, de quelles valeurs
politiques et culturelles les dirigeants actuels de la RDC
peuvent-ils rassembler nos compatriotes éprouvés par plus d’un
quinquennat de guerre et de déchirure? Il s’ensuit que les chances
de voir aboutir cette transition s’amenuisent progressivement.
En effet, au-delà de l’activité diplomatique déployée par la
Communauté internationale afin d’apporter une solution définitive au
conflit qui saigne notre pays, et en dépit des multiples conventions
régionales de paix signées ces dernières années et des résolutions
du Conseil de sécurité votées en ce sens, force est aujourd’hui de
constater qu’aucune paix durable n’est en l’état raisonnablement
envisageable en République Démocratique du Congo et dans la Région
des Grands lacs. Les signes préalables élémentaires à la réussite du
processus de transition politique d’une part, et à la pacification
effective de la région des Grands lacs d’autre part, sont totalement
absents. Les risques de guerre civile et d’intensification des
conflits que génère la persistance de l’instabilité et de
l’insécurité dans la partie orientale du Congo-Zaïre, et que n’ont
été en mesure de juguler ni l’action militaire salutaire engagée en
Ituri sous l’égide de l’Union européenne, ni le soutien de la
communauté internationale au processus délétère de la transition
politique, sont autant de fatalités auxquelles nous ne pouvons nous
résoudre. Ces risques doivent être sérieusement pris en
considération.
Dans les soubresauts de la crise congolaise, notre peuple a achevé
de perdre son honneur et sa dignité, jusqu’à ce degré du désespoir
et de la misère où les foules égarées de nos terres orientales de
l’Ituri, de Goma, de Bukavu… et l’immense majorité de nos
concitoyens pensent n’avoir plus rien à espérer. De nos jours, être
congolais n’a pas grand sens. Il faut redonner du sens ! Il faut
réactiver la fierté, il faut rehausser l’étendard, il faut redorer
le blason. Nous devons retrouver nos repères. La formule actuelle de
la transition offre à notre peuple que de la peine, des larmes et de
la sueur. Nous avons devant nous l’une des plus épouvantables
épreuves que l’on puisse imaginer pour un peuple. L’ignorance du
bonheur commun, le mépris des hommes, l’absence de toute conscience
morale conduisent certains de « nôtres » à accomplir le mal absolu.
Les tueries de Gatumba et ses manipulations politiciennes montrent
que notre pays n’est pas encore arrivé au bout de ses peines.
Faut-il alors recourir à la force des armes pour la rédemption de la
patrie de l’ignominie de Sun City, pour libérer notre peuple de sa
servitude et le conduire jusqu’aux cimes de la liberté, et ce,
conformément à l’article 3 de la Constitution de la Transition ? Les
moyens pour un bellum gerere légitime ne manquent pas, mais nous ne
pensons pas que l’on peut résoudre tous les problèmes par la force,
par la violence, par la loi du plus fort. Et c’est précisément là
une prise de conscience qui peut changer le cours de l’histoire de
notre pays. Je souhaite que ces paroles soient entendues dans toutes
les contrées de la République là où l’on se déchire entre fils de la
nation Congo-zaïroise, ou qui devraient l’être.
Mes chers compatriotes, ne désespérez pas pour autant. Il suffit
d’un rien pour que tout reparte. Et ce rien viendra. Nous avons une
belle et grande cause à défendre. Pour la faire triompher, c’est
moins d’espérance dont nous avons besoin que de volonté. Et de
volonté politique plus que de simple volonté humaine. Nous avons un
devoir à accomplir. Devoir d’Etat, bien sur, mais aussi celui de
signifier que les forces patriotiques et démocrates rassemblées au
cours de ces dernières années ne sont pas anéanties et qu’elles
auront encore, dans l’avenir, un rôle à jouer. Nous devons incarner
ce combat, et nous le ferons. Pour gagner ce combat, il nous faudra
de l’énergie, de la foi et de la dévotion. Nous ne devons donc pas
nous résigner. Nous devons vivre dans l’espoir, et nous avons
l’obligation de nous ressaisir et montrer au monde que nous ne
sommes pas un ramassis de lâches incapables de nous organiser pour
défendre notre cause, ou même une bande de parasites rétifs au vrai
travail, et tout juste bons à faire de l’argent et à danser comme
d’aucuns pensent de nous. Nous appartenons à une nation admirable et
persévérante qui, par-dessus son lot d’erreurs et de faiblesses, n’a
pas laissé perdre l’idée qui fait toute sa grandeur et que son
peuple toujours, ses élites quelquefois, cherchent sans cesse à
formuler de mieux en mieux. Nous appartenons à une nation qui doit
recommencer le parcours de toute son histoire et qui, dans les
décombres, doit se préparer tranquillement, sûrement, à en refaire
une autre et à courir sa chance dans un jeu où elle part avec de
considérables atouts. Mais pour que notre nation renaisse, il est
nécessaire que notre peuple remonte dans la considération des autres
peuples et cette réhabilitation dépend de l’existence, au
Congo-Zaïre, d’une autorité gouvernementale qui soit le forgeron de
la conscience patriotique et citoyenne.
Quand notre peuple aura un gouvernement qui verra là sa mission
sacrée, il ne se passera pas cinq ans avant qu’une direction hardie
donnée à la politique de reconstruction de notre pays ne trouve à
s’appuyer sur la volonté aussi hardie d’un peuple courageux,
travailleur et altéré de liberté. Et c’est pourquoi l’espoir ne doit
pas nous quitter. Nous devons songer, pour reprendre courage, aux
filles et fils du Congo qui, dès 1958, ont commencé seuls le combat
de l’indépendance qu’ils n’avaient que peu de chances de voir
aboutir. Nous devons avoir leur force, leur ténacité, leur foi pour
redonner à la jeunesse confiance en son avenir, pour restaurer la
confiance et retrouver l’espérance. Je forme des vœux d’espérance
pour tous les filles et fils du Congo-Zaïre en m’adressant d’abord à
ceux qui sont touchés dans leur chair par cette déchirure, à ceux
qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont loin de chez
eux. Ces vœux, je les forme également à toute la société civile
patriote et démocrate, à tous les partis politiques démocrates, aux
parlementaires debout, aux médias, à l’Eglise, aux organisations
confessionnelles et aux parlementaires de la transition qui eux, en
dehors de toute considération partisane et dans les limites de leurs
attributions, font avancer les choses tant bien que mal. Aussi je me
permettrai de vous dire simplement : surtout ne perdez pas espoir.
Je forme donc le vœu que nous puissions tous ensemble contribuer à
plus d’humanité et à plus de dignité pour notre peuple afin qu’in
fine, il puisse enfin disposer de lui-même et de sa terre. Pour le
reste, que la providence dans son pouvoir nous accorde la force
nécessaire pour résister au mal et à l’oppression ! Que la raison
nous guide et que la volonté soit notre force ! Que la mission
sacrée qui dicte nos actes nous donne la persévérance et que notre
foi en notre patrie Congo-Zaïre reste pour nous l’arme suprême.
Frédéric Boyenga Bofala
Président de l’UNIR MN
www.unir-mn.org
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